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Clément Duhaime
Témoignage de Clément Duhaime
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Clément Duhaime |
Clément Duhaime est Administrateur de l’Organisation internationale à la Francophonie (OIF).
Après avoir débuté sa carrière au cabinet du ministre Jacques-Yvan Morin, il a rejoint la Délégation générale du Québec en France, avant d’entamer une carrière de fonctionnaire international à l’Agence de coopération culturelle et technique (ACCT). Il a été Délégué général du Québec à Paris de 2000 à 2005.
Le hasard des calendriers diplomatique et politique a voulu que je prenne mes fonctions rue Pergolèse au moment où le nouvel ambassadeur du Canada, Raymond Chrétien, s’installait dans les siennes avenue Montaigne. J’avais été nommé par Lucien Bouchard, il était l’homme de Jean Chrétien, deux premiers ministres qu’un certain nombre de choses opposaient… Nos rapports auraient pu être tendus, il n’en a rien été, sans qu’aucun de nous ne renie ses convictions ou ne manque à son devoir envers le gouvernement qu’il représentait.
Était-ce parce nous étions « deux gentlemen à Paris », comme l’avait écrit la chroniqueuse Denise Bombardier ? Je crois que cela dépasse les personnes. Dans la constellation franco-québéco-canadienne, l’alignement des astres s’était modifié, les temps avaient changé. Au fil des époques, il y avait eu le « triangle infernal », puis l’ère de la « décrispation », parfois mise à mal par quelques nostalgiques des guerres de drapeaux… Mon époque à moi – bien que chacun jouât sa partition avec rigueur, sans rien céder – aura été celle de l’apaisement.
Pourquoi ? Parce que l’Histoire avait été écrite. Il n’y avait plus personne pour contester le droit du Québec à parler de sa propre voix à Paris ou pour prétendre dicter à la France le choix de ses amis. L’amitié profonde qui la liait au Québec faisait désormais l’objet d’un consensus inaltérable au plus haut niveau. C’est ainsi que j’ai pu servir en cinq ans trois premiers ministres et deux ministres des Relations internationales, à la fois issus du Parti québécois et du Parti libéral.
Dans ce contexte pacifié, avec l’appui constant du gouvernement et d’une équipe enthousiaste, j’ai pu affronter sereinement le défi considérable qui consistait à faire fructifier un capital acquis au terme de plus de 40 ans de coopération.
L’exceptionnelle qualité de l’accueil et de la cuisine créative de la résidence ont été un redoutable outil diplomatique ainsi que l’exceptionnel réseau de milliers de militants de France-Québec.
Par où commencer ? Par la culture, qui est au cœur de notre relation. Mon mandat à la tête de la Délégation a été marqué par la négociation à l’Unesco de la Convention sur la diversité culturelle, un défi formidable. Des mois durant, j’ai sillonné la France – comme bien d’autres - pour rappeler l’importance vitale de ce combat. La France et la Francophonie ont été de fidèles alliées. Cette bataille cruciale, dont l’objet touchait au cœur même de ce que nous sommes collectivement, a resserré nos liens encore davantage.
Pendant cette période, le rayonnement culturel québécois en France a été particulièrement intense. Dès mon arrivée, il m’est apparu essentiel de l’accompagner de plus près encore. Dans cet esprit, des centaines d’artistes et de créateurs ont été invités à la délégation et à la résidence, dont j’ai souhaité faire des lieux d’échanges, de rencontre et d’expression, pour faire vivre et faire connaître la culture québécoise à nos amis français.
Le même désir de partager des idées, de confronter des points de vue nous a conduits à créer les Regards croisés. La formule était simple : réunir dans un cadre informel des politiques, des universitaires, des sociologues, des journalistes, pour discuter des défis auxquels sont confrontées nos sociétés. La délégation est ainsi devenu un havre de réflexion sur des sujets aussi importants et aussi vastes que la démocratie participative, le suicide, l’identité, les enjeux éthiques des nouvelles technologies…
Mais nous le savons tous, notre relation ne se limitent pas aux échanges culturels et intellectuels, bien qu’ils soient au cœur de son ADN. Les affaires, l’entreprenariat, nos grandes entreprises comme nos PME viennent aussi l’enrichir, dans tous les sens du terme. Il m’a donc semblé primordial d’ « injecter » plus d’économie dans notre action. Dès le début de mon mandat, j’ai créé le Club économique France-Québec, avec l’ambition de développer un véritable réseau d’affaires. La visite de Jean-Pierre Raffarin en mai 2003 participait de cette volonté de placer le développement économique et régional au cœur des priorités des deux États. La mission économique menée conjointement en 2004 par la France et le Québec au Mexique – une première – a permis de mesurer le chemin parcouru.
Le poste de Délégué général du Québec en France est le plus prestigieux, le plus important de la diplomatie québécoise et je ne peux repenser à ces années exaltantes sans émotion. Ce qui me frappe, avec le recul, c’est l’incroyable « fluidité » dont sont maintenant empreintes les relations France-Québec. Elles sont devenues si naturelles qu’on ne se surprend plus de rencontrer tous les jours des gens qui ont un frère, une cousine, un amoureux installé au Québec. Pour un temps ou pour toujours. Pour chacun de nous, la France et le Québec sont devenus un espace commun et familier.








