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Anciens délégués
Jean-Louis Roy
Témoignage de Jean-Louis Roy
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Jean-Louis Roy |
En 1986, Robert Bourassa que les Québécois éliront à quatre reprises à la première fonction politique québécoise me propose de quitter le Devoir que je dirige alors pour occuper la fonction de Délégué du Québec en France et de Délégué du Québec aux affaires multilatérales et francophones. J’hésite tant mon attachement au Devoir est devenu viscéral et tant l’idée d’occuper la première fonction diplomatique du Québec me séduit. Je connais bien la France que j’ai visitée à plusieurs reprises et, à la veille du premier sommet francophone, je vois l’intérêt pour le Québec de conforter l’indispensable relation avec la France et de la conjuguer avec l’indispensable relation avec la communauté francophone internationale. Mon séjour parisien devait durer trois ou quatre années. Il durera 14 années comme Délégué du Québec dans un premier temps et comme Secrétaire général de l’Agence intergouvernemental de la francophonie, par la suite.
Je quitte donc la rue du Saint-Sacrement pour la rue Pergolèse, les déjeuners rapides de la table éditoriale pour ceux, plus élaborés, de la résidence de l’Avenue Foch. J’observe rapidement des éléments de continuité dans ces deux fonctions au service du Québec : la compréhension et la défense de ses intérêts, la nécessité de faire partager des convictions viscérales sur ce qu’il peut apporter et recevoir du monde. Certes les interlocuteurs ont changé. Désormais il s’agit des dirigeants politiques de la France, de ses entrepreneurs et créateurs dans tous les domaines, des amis privilégiés du Québec qui se trouvent dans tous ces milieux et dans cette magnifique invention qu’est France-Québec. Durant mon mandat, les amis de France Québec ont comme délocalisé en permanence la délégation depuis Paris vers toutes les régions de ce pays superbe. Je les revois parfois dans leur pays qui demeure ma toute première destination. Alors la même alchimie et le même bonheur se manifestent, immédiats et durables. Nous sommes si différents et si semblables. Nous sommes liés par des visions propres et convergentes, une certaine ambition concernant la vie, sa qualité, la culture, la liberté et la solidarité humaine.
Je ne saurais dans ce texte court…trop court, dresser l’inventaire des moments forts de mon mandat. Il me faudrait évoquer Anne Hébert et Alain Decaux, Alice Parizeau et Gérard Depardieu, Roger Fauroux et Pierre Péladeau, messieurs les cardinaux Lustiger et Vachon, Raymond Barre et Jacques Parizeau, Simone Veil et Thérèse Lavoie Roux, Robert Badinter et Gil Rémillard, Pauline Julien et Anne Sylvestre, Georges Poirier et Jacques Bouchard, Rolland Dumas et Bernard Landry, Jean-Louis Bianco, Alain Peyrefitte, Jack Lang, Catherine Tasca, les premiers ministres Chaban-Delmas, Maurois, Fabius, Rocard et Juppé et tant d’autres qui nous ont assisté dans la défense des intérêts du Québec. Il me faudrait raconter les longs déjeuner offert par François Mitterrand à monsieur le premier ministre Bourassa, comme l’appelait le Président. Et aussi ce téléphone de Jacques Chirac depuis Tel Aviv au lendemain du décès de René Lévesque et son souci de faire tout ce que son ami Robert Bourassa souhaite concernant la représentation de la France aux funérailles du fondateur du Parti Québécois.
Être délégué du Québec en France constitue un privilège certain. Je l’ai été au moment où cette relation officielle demi centenaire fondée sur une proximité certaine entre deux sociétés dont les destins culturels et spirituels sont indissociables se conjugue et s’enrichit d’une relation plus vaste encore, celle qui nous lie aux pays et gouvernements francophones du monde. Un mandat exigeant, heureux et, je le crois, fécond. Le Québec, la France et la Francophonie en étroite association! La longue durée de l’histoire accomplie ouvrant sur l’histoire à accomplir.








